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1 juilBien-être au travail

Lola Virolle : "À la ménopause, les femmes devraient devenir leader en entreprise"

CTA étude Ménopause

La ménopause au travail du point de vue de Lola Virolle, co-directrice de l’incubateur de Makesense, accompagnateur de projets innovants.

Alan : bonjour Lola ! On sait que le bien vieillir est l’une de vos thématiques de travail fortes, pourtant, votre équipe a une moyenne d’âge de 28 ans…

Lola Virolle : Bonjour ! Effectivement, mais nous sommes très fières d’avoir recruté récemment des profils plus expérimentés. La moyenne d’âge chez Makesense est très jeune, la plupart des salariés ont été embauchés juste après leur stage de fin d’étude. Cela crée une culture très forte et il devenait difficile d’intégrer des personnes dotées d’une autre expérience et plus âgées.

Pourtant, cela devenait nécessaire pour nous. On avait besoin d’autres regards, d’autres parcours. Nous savons que la diversité apporte des gains en termes de performance, d’innovation… Cela permet d’être plus proche de la cible que l’on adresse, de mieux la représenter et de mieux comprendre leur besoin. Cette séniorité permet aussi de challenger les plus anciens de l’équipe, d’apporter de l’organisation dans le process de l’entreprise.

"Nous savons que la diversité apporte des gains en termes de performance et d’innovation." Lola Virolle

A : vous êtes une organisation très féminine qui commence à s’ouvrir à la séniorité, la ménopause est-elle un sujet pour vous ?

L.V : Le bien vieillir au sens large, est un thème sur lequel nous pensons qu’il faut agir de façon urgente ! Il entre même dans notre liste des sujets prioritaires. Et avec lui la ménopause. Car elle touche à la santé physique, à la santé mentale, qu’elle est liée au travail, à la diversité, à l’inclusion. Cela peut être un frein dans une carrière…

Nous voulons faire bouger la société et outiller les citoyens, les entrepreneurs et les grandes organisations soucieuses de créer une société plus durable et plus inclusive. On aimerait aller jusqu’à influencer des lois, identifier les manques, et déterminer comment donner envie aux individus d’entreprendre sur ce sujet.

"Le bien vieillir au sens large, est un thème sur lequel nous pensons qu’il faut agir de façon urgente !" Lola Virolle

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A : à quels obstacles vous heurtez-vous pour arriver à vos fins ?

L.V : Le frein est de trouver des entreprises suffisamment intéressées pour avoir envie de frapper un grand coup sur ce sujet-là et d’investir.

Je pense que c’est l’une des grandes problématiques de la ménopause : tabou et peu "sexy", peu d’acteurs sont prêts à mettre de l’argent sur la table pour faire bouger les pouvoirs publics, et donner envie à des entrepreneurs de se saisir de l’affaire.

Aujourd’hui malgré nos appels à projets sur le bien vieillir, aucun des candidats ne se propose sur la partie ménopause. Cela démontre qu’il y a un vrai besoin de sensibiliser les gens, de les faire réaliser que c’est primordial, de leur donner envie de porter des projets. Que ce soit des entrepreneurs ou des pouvoirs publics d’ailleurs, par exemple que des chercheurs aient envie de travailler sur ce domaine-là.

A : et comment leur donner envie ?

L.V : Il y a des sujets comme le climat, ou les violences sexuelles avec #Metoo qui atteignent un momentum naturel : des voix s’élèvent, le grand public s’auto-organise car la question est très forte. Il organise des manifestations, elles sont relayées dans les médias. Par effet de bord, des entrepreneurs affluent sur cette question, poussés à bouger par la pression publique.

Et il y a des sujets comme le bien vieillir et la ménopause encore très tabou pour lesquels il y a besoin d’un élément déclencheur. S’il y avait la volonté d’une entreprise de s’engager sur la ménopause, ou des citoyens cherchant des conseils pour passer à l’action, connaître des méthodes d’engagement citoyens, nous proposons des formations gratuites. Mais malheureusement nous n’avons jamais de demandes sur cette thématique.

De nombreux comptes Instagram parlent du sujet mais sans lui être totalement dédiés. Il y a quelques mois le podcast LSD, la série documentaire sur France Culture a consacré quatre épisodes à la ménopause en renouvelant le ton. Mais aujourd’hui je ne connais pas de média grand public qui ne traiterait que de ce thème-là. Je verrai bien quelque chose de décalé, de cool, comme certains comptes féministes.

"Il y a des sujets comme le bien vieillir et la ménopause encore très tabou pour lesquels il y a besoin d’un élément déclencheur." Lola Virolle

A : vous qui accompagnez les salariés à l’intrapreunariat et à l'entrepreneuriat, les femmes de 45 ans et plus vous semblent elles actives dans ce domaine ?

L.V : C’est une étape clef où elles retrouvent du temps à dédier aux activités professionnelles et personnelles.

J’ai le sentiment que celles coincées dans leur carrière depuis une bonne dizaine d’années, sortent la tête de l’eau par rapport au poids de la parentalité. Une certaine pression financière diminue. Pour elles, c'est le bon moment pour se poser des questions. Elles se demandent alors pourquoi elles ne lanceraient pas leur propre projet. Y compris en intrapreunariat.

Dans les appels à projets d’innovation pour les groupes où nous travaillons, il y a plus de 55% de femmes qui postulent. Elles y voient une voie alternative, une façon de quitter une situation où elles n’évoluent plus, de créer leur poste, d’aller inventer leur sujet.

J’en ai vu une cumuler un projet d’intrapreneuriat avec la création d’une structure externe pour sensibiliser les petites filles au numérique. Elle travaillait énormément. Son association a tellement pris d’ampleur qu’elle a dû changer ses statuts plusieurs fois et qu’elle a même fini par intégrer son fils et un ami de son fils dans la structure comme co-fondateurs.

À l'aube de la cinquantaine, on peut aussi retrouver une certaine liberté d’action, c’est vraiment une étape charnière. Je me demande dans quelles mesures les femmes de 45-50 ans ne pourraient pas devenir leader dans leur organisation ? À ce moment-là, elles ont acquis des compétences, de l’expérience et la charge mentale liée aux enfants diminue. Cela redonne de l’espace pour se poser et réfléchir sur des questions ou sujets de fond.

"À l'aube de la cinquantaine, on peut retrouver une certaine liberté d’action, c’est une étape charnière : les femmes ont acquis de l'expérience et la charge mentale liée aux enfants diminue." * Lola Virolle

Caroline Chavier Interview image 2

A : les entreprises sont-elles ouvertes à faire évoluer les femmes à l’âge de la ménopause ?

L.V : Les comités de direction ressemblent encore souvent à 20 hommes blancs et 5 femmes autour d’une table. Mais j’observe qu’ils commencent à s’ouvrir. Ils sélectionnent majoritairement des projets d’intrapreneuriat proposés par des femmes. Ils leur font donc confiance pour porter des projets d’innovations stratégiques. Ils se sont aussi rendus compte de l’importance des femmes dans les instances dirigeantes. Encore faut-il les recruter et les faire évoluer régulièrement.

"Les comités de direction {...} sélectionnent majoritairement des projets d'intrapreneuriat proposés par des femmes." Lola Virolle

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