Dr Pauline Krug
Pédiatre
2 juinSanté

L’acquisition de la propreté

L’été 2021 arrive, et avec lui, souvent, la grande préoccupation pour les parents dont les enfants vont entrer à l’école en septembre :

Comment retirer la couche ?

Comment rendre son enfant “propre”?

Ce terme de « propreté » est assez inapproprié. Est-ce qu’on doit alors considérer que c’est sale, honteux, de porter des couches ? Evidemment non… Mais c’est le terme consacré en France, pays où cette étape revêt une importance toute particulière. Vous aurez remarqué qu’en France, on attend de l’enfant qu’il soit une machine bien réglée, qu’il fasse ses nuits, soit propre, soit calme et obéissant…

Dans beaucoup de pays et de cultures, la « propreté » n’est pas un problème ni même une question. C’est une étape qui doit se faire, parfois gérée par l’enfant lui-même qui agit par imitation, ou même par la fratrie.

Tous les enfants, sauf cas particuliers, vont un jour retirer la couche, tranquillisez-vous. Comme toujours, n’écoutez pas trop les remarques autour de vous « mon fils a été propre à 18 mois », «pour ma fille, ça s’est passé en une journée » : l’herbe paraît toujours plus verte ailleurs, mais en fait non, et la comparaison n’est jamais bonne conseillère.

Parfois, certains grands-parents mettent la pression. Si c’est le cas, proposez-leur de leur confier votre enfant à ce moment clé. Moins de pression pour vous, moins d’affect pour votre enfant et pour les grands-parents, et ça peut marcher bien et vite !

À quel âge retirer la couche ?

Cet âge a beaucoup varié selon les époques et les pays. Les premiers livres de puériculture au début du 20e siècle donnent des conseils pour rendre l’enfant propre très tôt, parfois même dès la naissance, en observant les moments où il urine et en lui présentant le pot, alors appelé le «vase».

Il s’agit alors d’un dressage, d’un conditionnement, et finalement d’une injonction supplémentaire donnée aux mères qui doivent guetter ces signes chez leur bébé, comme si elles n’avaient pas déjà mille choses à gérer.

Le bébé n’y est alors pour rien dans la réussite de cette épreuve. On imagine d’ailleurs la difficulté à installer un nouveau-né sur un pot alors que bien sûr, il ne tient pas du tout assis, et dans les années 50, on pousse cette étape à … 4 mois, en l’attachant sur un pot avec des sangles.

L’âge a ensuite évolué au fur et à mesure du temps, plutôt 8 mois dans les années 60, puis on incite les mères à proposer le pot à partir de 14 mois, puis jusque dans les années 70 vers 18 mois.

Actuellement en France, on dit « quand l’enfant est prêt », soit en général entre 2 et 3 ans, selon les enfants.

C’est toujours plus facile de faire ça l’été, quand il n’y a pas trop d’habits à retirer pour aller sur le pot rapidement.

On entend beaucoup de gens témoigner que leur enfant est devenu propre du jour au lendemain sans rien faire alors que ça faisait des mois qu’ils essayaient. Et ça résume bien le problème !

La propreté peut s’acquérir très tôt, parfois même dès les premiers mois, mais on parle plus de dressage, l’enfant n’a pas du tout appris à reconnaître ses sensations, et donc on risque d’autres soucis plus tard : enfant qui se retient, qui a des urgences, des fuites, une constipation....

Il faut donc mieux considérer cette étape comme une acquisition à attendre patiemment, comme on ne peut pas forcer un enfant à acquérir la marche ou à tenir sa cuillère s’il n’est pas prêt.

Quels signaux nous envoie notre enfant pour nous signifier qu’il est prêt?

Vous allez remarquer à partir d’un certain âge que votre bébé a la couche mouillée beaucoup moins souvent dans la journée, ce qui montre que la vessie ne se vide pas en permanence, qu’il est en train d’acquérir une continence, un contrôle de ses sphincters.

Puis, il va montrer sa couche ou la toucher au moment où il fait pipi, s’isoler derrière un rideau, dans sa chambre, pour faire sa selle, souvent après un repas. Il va aussi vous montrer ou vous dire qu’il faut le changer, qu’il est inconfortable. Tous ces petits signaux vous montrent que c’est le moment.

On dit aussi qu’un enfant est prêt physiologiquement à gérer ses besoins, ses envies, ses sphincters, au moment où il monte les escaliers en alternant les marches.

Devant ces petits signes, il faut que vous soyez à l’écoute. Montrez-lui le pot, même si vous savez que la couche est déjà pleine. Proposez-lui juste après le repas, pour qu’il fasse sa selle, ou avant le bain.

Quand retirer la couche à la sieste et la nuit ?

A la sieste, cela va arriver assez vite car les siestes ne sont pas longues et rapidement, l’enfant va réussir à se retenir pendant ce temps-là, une heure, 2 heures, pas plus en général. Proposez-lui le pot juste avant et en quelques jours, les couches vont être sèches, ce sera le bon moment.

La nuit, il va falloir que l’enfant apprenne à reconnaître bien son besoin et ses sensations, et ainsi, soit il va arriver à se retenir toute la nuit, soit le besoin va le réveiller et il devra donc apprendre à se lever. En général, il vous demande de retirer la couche. Même si elle est mouillée toutes les nuits, si votre enfant demande, il faut le tenter, car parfois, le déclic suffit et c’est gagné.

Cette transition dure parfois beaucoup plus longtemps sans qu’on sache pourquoi, mais cela devient une question médicale à 6 ans seulement ; avant, on considère que ça reste dans la norme. On peut bien sûr vous donner des conseils car ça peut être très gênant pour l’enfant, même avant 6 ans.

Plutôt pot ou toilettes directement ?

Là encore, il n’y a pas vraiment de règle. L’intérêt du pot, c’est que vous pouvez en avoir deux, un dans les toilettes, et un que vous baladez, ce qui permet qu’il se familiarise tout naturellement avec l’objet. Par exemple, vous pouvez l’emmener dans la salle de bain avant son bain, quand vous faites couler l’eau du bain, ça stimule l’envie de faire pipi, vous l’y installez à ce moment-là.

En tout cas, si vous utilisez les toilettes, il faut mettre un réducteur, et surtout une petite marche ou un tabouret pour qu’il n’ait pas les jambes qui pendent dans le vide. La meilleure position pour aller à la selle, c’est d’avoir les jambes remontées, genoux au-dessus du bassin, donc impossible si les jambes sont pendantes.

Pour les urines, il faut lui apprendre à bien baisser le pantalon, les collants, la culotte, tout en bas des jambes, prendre son temps et bien écarter pour que la vessie se vide complètement. Pour les petits gars, debout ou assis, c’est comme ils le sentent !

Que faire s’il refuse ?

Tous les enfants y arrivent un jour ou l’autre, sauf cas particuliers. Donc comme beaucoup de sujets en matière d’éducation, il faut éviter de se mettre la pression, de lui mettre la pression, et plutôt lui faire confiance, ne pas s’énerver, menacer, ni humilier…

Il n’y a pas si longtemps, on laissait les enfants mouillés pendant des heures pour « qu’ils comprennent », on leur mettait le nez dans leur couche. Evidemment, c’est humiliant, violent, maltraitant, et en plus contre-productif.

Des petits tips pour y arriver?

Je me répète, surtout, pas de pression. Certains enfants entendent « tu dois être propre pour aller à l’école », et du coup, ne voient pas l’intérêt d’être propres avant le jour de la rentrée. Ou au contraire, c’est un bon moyen pour eux d’éviter l’école justement.

Dans les petits trucs, on voit souvent le conseil d’acheter de jolies culottes ou slips. L’idée de la récompense ou des félicitations à outrance n’est pas forcément idéale, ça conforte l’enfant qu’il est en train de faire un truc dingue alors que c’est juste normal, ce n’est pas un cadeau qu’il vous fait. Mais des encouragements bienveillants sont les bienvenus ! « je te fais confiance, c’est sûr, tu vas y arriver ».

Pensez à lui proposer souvent mais pas non plus toutes les 10 minutes en le poursuivant avec le pot, en parler toute la journée, et à tout le monde, ça épuise tout le monde et ça n’intéresse pas forcément vos amis...

Des anecdotes à partager?

Il y a les enfants qui ont entendu qu’il fallait être propre pour rentrer à l’école et qui le sont donc le jour de la rentrée.

Il y a ceux qui sont surpris de voir l’urine sortir de leur corps, mais qui pige le truc, et hop, c’est gagné en une fois.

Il y a ceux qui sont propres pour les urines, mais qui continuent à réclamer une couche pour faire leur selle. On peut considérer qu’ils sont propres tout de même, puisqu’ils arrivent très bien à maîtriser leur besoin.

Ce peut être un peu pénible mais il faut essayer de négliger, de ne pas en faire une histoire. Ça viendra ! Il faut juste faire attention que l’enfant ne soit pas terrorisé par ses selles, se retienne et soit alors constipé.

Quand un enfant peut-il s’essuyer seul ?

Je vous conseille de le faire pour lui, lui montrer, d’avant en arrière chez les petites filles, et essuyer aussi les petits garçons quand ils ont fait pipi seulement, c’est une bonne habitude à prendre.

Il faut tout de même vérifier jusqu'à 5-6 ans, de toute façon, vous allez vite vous rendre compte si c’est bien fait ou pas…

Sachez quand même que des traces de selles dans la culotte sont rarement le signe d’un mauvais essuyage, mais plutôt le signe d’une constipation.

En fait, ça montre que l’ampoule du rectum ne s’est pas vidée complètement, qu’il reste des selles, et c’est ça qui rend l’essuyage difficile, car il y a toujours des selles à l’entrée de l’anus. Donc un enfant qui a des selles régulières peut tout de même être constipé, et ces traces en sont un des signes.

Pour résumer : l’acquisition de la propreté se fait quand l’enfant a atteint une certaine maturité, donc ne vous impatientez pas, comme tout ce qu’il a appris jusqu’à maintenant, la marche, la parole, le jeu… il va finir par y arriver ! Pas trop de pression, de la patience, des lessives, de belles culottes et caleçons, et ça va marcher !

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