Nathalie Gontier
Journaliste engagée
20 janvSanté

L’instinct maternel : mythe ou réalité ?

Remis en cause dans les années 1980, l’instinct maternel n’en finit pas de défrayer la chronique… au détriment des femmes, mais aussi des hommes.

En octobre 2017, l’instinct maternel refait parler de lui lorsqu’une étude internationale menée dans onze pays établit que le cerveau des jeunes mères réagit de la même façon aux pleurs des bébés, quel que soit leur pays d’origine, tandis que le cerveau des hommes produit des réponses différentes, et relativement contrastées d’un pays à l’autre. Publiée dans les Comptes rendus de l’Académie américaine des sciences, l’étude conclut que l’instinct maternel aurait bel et bien une réalité biologique… mais occulte l’aspect sociologique et culturel dans lequel elle s’inscrit, comme si le rôle de la mère et le rôle du père étaient équivalents et interchangeables en France, aux Etats-Unis, au Cameroun ou au Brésil, qui font partie des pays tests.

Qu’est-ce qu’on entend par « instinct maternel », exactement ?

L’instinct suppose que tous les membres d’une population donnée, en l’occurrence les femmes, aient le même comportement inné, naturel et d’intensité égale, lié non seulement à leur espèce mais aussi à leur genre. Indiscutablement, l’instinct maternel existe… chez les animaux. Mais réduire les femmes à leurs seuls hormones et instincts, c’est occulter leurs dimensions sociale et psychique : lorsqu’elles en ont le droit politique, les femmes dépendent de leur libre-arbitre bien plus que de leurs hormones.

Ainsi les culturalistes, parmi lesquel.le.s la philosophe Elisabeth Badinter et l’anthropologue Françoise Héritier, n’ont eu de cesse de contester l’instinct maternel des femmes. Pour la première, il s’agit d’une construction culturelle qui dépend d’une histoire personnelle et coïncide avec la représentation sociale de ce que doit être le féminin. Pour la seconde, faire un enfant est le fruit d’une volonté de se reproduire et de la nécessité de protéger l’enfant compte tenu de sa vulnérabilité. La coïncidence de ces deux facteurs engendre le plus souvent des relations affectives très fortes, qui ne relèvent pas de l’instinct pour autant.

On confond « instinct maternel » et « amour maternel »

Relativiser la nature de l’amour maternel ne met pas en cause sa profondeur. Mais force est de constater que le désir et l’amour maternel ont varié au cours de l’histoire : ils sont donc relatifs dans le temps, à chaque culture et à chaque femme. Par ailleurs, toutes les femmes ne l’éprouvent pas, puisque toutes les femmes ne veulent pas d’enfant. Déconstruire l’instinct maternel permet donc de repenser le lien entre féminité et maternité, et de ne plus réduire les femmes à des organes reproducteurs interchangeables, mais aussi de repenser les relations entre le pères et ses enfants. En effet, parler d’instinct maternel mais pas d’instinct paternel, c’est assigner la parentalité aux mères, et faire du père une sorte de « parent suppléant ». Or l’attachement aux enfants n’est pas réservé aux mères, ni aux femmes. La maternité comme la paternité ne sont pas la réponse à un instinct : elles relèvent du désir et de la responsabilité de chaque individu, quel que soit son genre.

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