Laurence Lebedinsky-Pollet
Sage-femme spécialisée dans les troubles du sommeil
25 janvSanté

Entrée en crèche : les conséquences sur son sommeil

Séparation, fatigue accrue, cassure de rythme… L’entrée en crèche constitue toujours un gros changement dans la vie de l’enfant, susceptible d’avoir des implications sur son sommeil. Tous nos conseils pour surmonter cette phase en douceur.

La plupart du temps, c’est à l’issue du congé maternité, soit à environ 2 mois et demi, que le nourrisson fait son entrée à la crèche. Une période qui se télescope souvent avec le sevrage s’il était allaité. Ce qui alourdit d’autant plus la rupture, déjà conséquente, dans la vie du tout-petit, qui n’a jamais connu que la quiétude du domicile familial et qui doit en plus faire le deuil du sein maternel. Si vous le pouvez, tentez de procéder à un sevrage progressif, en l’allaitant au moins le matin et le soir les premiers temps, voire en tirant votre lait pour la journée.

Verbalisez les changements

Comme pour tous les changements, il est important de verbaliser à l’enfant les choses qui vont lui arriver, notamment dans le cadre des journées d’adaptation à la crèche : « Là, c’est ton nouveau dodo : maintenant tu vas dormir là avec tes doudous » ; « Voici X, c’est la dame qui va te donner ton biberon », etc. Les êtres humains sont des êtres d’adaptation. Ces temps de prise de contact avec l’accueil en collectivité sont destinés aussi bien à la mère qu’à l’enfant : si celle-ci vit la séparation comme une déchirure, les choses vont forcément mal se passer, car le bébé est une éponge émotionnelle.

Angoisse de séparation : faites appel au doudou !

Mais à cet âge, l’accoutumance se fait souvent rapidement. Les difficultés risquent d’être accrues quand l’enfant entre en crèche entre 6 et 9 mois, période de la fameuse angoisse de séparation. Il y a alors lieu, encore plus, de lui expliquer ce qui va se passer pour lui. Le doudou, objet transitionnel, jouera sans doute un rôle important : le bébé investit le doudou comme étant un morceau de ses parents qui reste avec lui, à un âge où il a acquis le sentiment de permanence de l’objet (lorsqu’il a compris que sa mère peut disparaître de son regard et revenir).

La nuit se prépare la journée

A la crèche, les rythmes sont très structurés et cadrants, ce qui peut être bénéfique aux tout-petits qui manquent de rythme en matière de sommeil. Souvent ils y dorment bien, car ils se calent, tout naturellement, sur le rythme des copains. Mais la séparation peut induire certains troubles du sommeil à la maison. Certains enfants, qui jusque-là dormaient très bien la nuit, se réveillent rien que pour profiter un peu plus de leurs parents. Pour pallier ce désagrément, faites en sorte que votre enfant fasse « le plein » de vous, avant le départ à la crèche. Quitte à le réveiller une demi-heure plus tôt, installez-le avec vous pour le petit déjeuner, parlez-lui de sa journée et de la vôtre, cajolez-le. Même rituel le soir, quand vous le récupérez : donnez-lui son bain, jouez avec lui, faites-le éventuellement participer à la préparation du repas de sa chaise haute ou de son transat... Plus il vous verra, plus il aura rempli son réservoir affectif et plus facile sera la séparation à venir, y compris celle de la nuit.

La collectivité, source d’épuisement : dette de sommeil à la clé

Certains nourrissons peuvent aussi moins bien dormir car ils sont tout simplement épuisés. La collectivité est un milieu bruyant, aux multiples sollicitations et souvent riche en émotions. Et même si effectivement ils y dorment, ce n’est pas forcément d’un sommeil aussi récupérateur qu’à la maison. En bref : ils accumulent une véritable dette de sommeil, qui peut se traduire par des difficultés d’endormissement. Il faut compenser en couchant l’enfant plus tôt, et si besoin, ne pas hésiter à lui faire faire une sieste de fin d’après-midi. Pour éviter cette hyperstimulation, la garde individuelle est préférable, dans l’idéal, jusqu’aux six premiers mois. La crèche prenant le relais quand l’enfant commence à se tenir assis et à rechercher les interactions sociales. Mais si, comme nombre d’autres parents, vous n’avez pas les moyens de faire autrement, pas de culpabilisation à avoir : en crèche, votre enfant bénéficiera de nombreuses activités d’éveil et d’interactions riches avec les autres enfants. La crèche est aussi la meilleure antichambre à l’entrée en maternelle.

Bienveillance et fermeté face aux appels de nuit

En cas d’apparition ou d’accentuation des troubles du sommeil, il vous appartient d’allier bienveillance et fermeté face aux appels de nuits répétés. Les choses devraient s’apaiser au fil des semaines, sauf si la mère n’est pas bien, culpabilise et interagit trop la nuit : l’enfant peut comprendre cette culpabilité et en jouer.

Au fil des mois, gardez l’œil sur ses rythmes

Les bébés plus âgés, autour d’un an, savent mieux résister à la fatigue. Toutefois, pour faire garder à votre enfant un bon rythme de sommeil entre la crèche et la maison, communiquez au maximum avec le personnel de l’établissement. Donnez-lui les phases de sommeil de votre bébé et demandez à ce qu’elles soient respectées autant que possible pendant la journée. Vous pouvez aussi échanger sur le programme des activités quotidiennes, notamment lors du passage de l’enfant dans la section supérieure. La sieste du matin, notamment, ne doit pas être supprimée trop tôt : elle reste très importante jusqu’à 15 mois.

Laurence Lebedinsky-Pollet
Sage-femme spécialisée dans les troubles du sommeil

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