Laurence Lebedinsky-Pollet
Sage-femme spécialisée dans les troubles du sommeil
20 janvSanté

Non, le silence n'est pas indispensable pour que bébé dorme

Sortir de sa chambre sur la pointe des pieds, croiser les doigts quand le téléphone sonne, éviter la marche qui grince : quand votre bébé dort, vous avez peut-être tendance à "marcher sur des œufs". Et pourtant, le son et le sommeil du nourrisson ne sont pas incompatibles. Loin de là ! Quelques éléments d'explications.

Dormir dans le silence ou non : telle est la question... que vous vous posez peut-être pour votre nourrisson ? Pour y répondre, un petit retour à la période gestationnelle s'impose.

Dormir avec du son : une question d'habitude

Dès ses premières semaines de vie utérine, le bébé baigne dans un environnement sonore. Il le découvre d'ailleurs assez rapidement. Vers 27 ou 28 semaines d'aménorrhée, l'ouïe du fœtus se développe pour devenir son sens le plus aiguisé. Il entend alors d'abord les sons physiologiques de sa mère (ses pulsations cardiaques, son système digestif, etc.). Puis, vers 6 mois de grossesse, il commence à percevoir certaines sonorités extérieures, à commencer par les sons à basse fréquence, moins atténués par les barrières naturelles que sont la paroi abdominale ou encore le liquide amniotique. Ce qu'il entend : l'intonation des voix (surtout masculines), certaines musiques, mais aussi des bruits environnants plus forts (circulation des voitures, travaux). Et in utéro déjà, ces sons ne perturbent pas ou peu son sommeil, à condition évidemment que l'exposition sonore reste raisonnable. À ce titre, il est recommandé aux femmes enceintes d'éviter toute exposition sonore prolongée supérieure à 85 décibels (dB, soit le bruit d'une tondeuse, d'un klaxon) pour ne pas fragiliser le système auditif du futur bébé... et le leur d'ailleurs.

Du son, oui !

À la naissance, le bébé est donc quasi rôdé et peu susceptible d'être dérangé pendant son sommeil, par les sons qui l'entourent. Et même s'il est amené à se réveiller, ses cycles de sommeil étant courts (50 minutes environ jusqu'à 2 mois, puis 60 minutes de 2 à 6 mois), il peut aisément reprendre le train suivant. Inutile donc de mettre en sourdine votre quotidien au moment du coucher. Bien au contraire, ce réflexe pétri de bonnes intentions pourrait même s'avérer contre-productif. En effet, les journées du bébé sont bercées par l'agitation ambiante. Les sons des appareils ménagers, les allers et venues de pièce en pièce ou les discussions familiales font partie de son environnement sonore et contribuent à le rassurer (a fortiori s'il les a perçus pendant la grossesse), tout comme la boîte à musique ou les berceuses, dès lors qu'elles sont intégrées au rituel du coucher (un tour de boîte à musique, 2-3 berceuses et c'est tout !). Résultat : ce nouveau "bain" sonore contribue à son endormissement, là où le silence complet favorise parfois l'inquiétude et l'agitation. Du bruit, non ! Si les sons ont du bon à l'heure du coucher, pas question pour autant de verser dans l'excès inverse et de passer l'aspirateur à l'heure de la sieste. Et pour cause : le coucher doit se faire, autant que possible, dans un environnement calme. L'Organisation Mondiale de la Santé conseille ainsi un environnement sonore de 30 dB dans la chambre, soit le niveau d'une conversation à voix basse. À noter toutefois : ces niveaux sont indicatifs et ne reflètent pas toujours la réalité familiale. Heureusement, un bébé qui grandit dans un environnement plus bruyant, fratrie ou lieu de vie exigu obligent, n'a pas forcément de difficultés d'endormissement ou un sommeil perturbé. Il sait s'ajuster par habitude. Reste que le bruit, à savoir les sons plus intenses et désagréables, peut avoir une incidence sur le sommeil du bébé. Ainsi, selon le Centre d'information et de documentation sur le bruit (CIDB), les enfants tendent à se réveiller quand le niveau sonore de proximité est d'environ 60 dB, soit l'équivalent d'une conversation à voix haute ou d'une télévision allumée. À 75 dB (forte circulation, klaxon), l'endormissement n'est plus possible. Et même si le bébé parvient à s'endormir, il est important de garder à l'esprit que se reposer dans un environnement bruyant nuit à la qualité du sommeil, tout comme l'exposition au bruit pendant les heures d'éveil. Si votre bébé est grincheux au réveil, plus nerveux ou agité que d'habitude, une forte exposition au bruit la veille peut être une piste à creuser ! Dès lors, le mot d'ordre à adopter au moment du coucher est simple : continuer à vivre comme à l'accoutumée, en veillant simplement au calme. Parler, travailler, vaquer à ses occupations dans la maison, oui ! Mettre la télé ou la radio en fond sonore continu ou chanter à tue-tête, non ! Du bon sens, en somme...

Laurence Lebedinsky-Pollet
Sage-femme spécialisée dans les troubles du sommeil

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