Laurence Lebedinsky-Pollet
Sage-femme spécialisée dans les troubles du sommeil
9 févrSanté

Peut-on réveiller un bébé qui dort bien ?

Votre enfant dort depuis des heures d’un sommeil de plomb. Vous commencez à trouver le temps long et à vous demander si vous pouvez vous autoriser à le réveiller. A priori, non… Mais en fait, si. Surtout s’il a dépassé les trois premiers mois.

Tous les jeunes parents connaissent ce dilemme : bébé dort toujours du sommeil du juste, alors qu’il aurait dû se réveiller depuis pas mal de temps déjà. C’est l’heure de son biberon ou de sa tétée, ou encore vous avez besoin d’aller faire une course ou d’aller chercher vos enfants plus âgés à l’école ou à la crèche. En bref : pouvez-vous réveiller votre tout-petit ?

Pour le nouveau-né, le sommeil est un besoin physiologique majeur

La règle d’or : jusqu’à trois mois, on ne réveille pas un nourrisson qui dort. Pour le nouveau-né, dormir est une activité à part entière qui occupe une grande part de ses journées (en moyenne, de 16 à 20 h au cours du premier mois, de 15 h entre trois et six mois et de 14h à 1 an). Ne pas le réveiller, c’est respecter ce besoin physiologique. Avec pour corollaire la nécessité, dans ces premières semaines, de se caler autant que faire se peut sur ce rythme, ou plutôt cette absence de rythme. Ce qui va souvent de pair, pour le couple, avec la mise entre parenthèses de nombreuses activités, notamment extérieures.

Le réveil se justifie quand l’enfant a besoin de prendre du poids

Pourtant, cet impératif connaît, dès la naissance, quelques exceptions. À la maternité, les jeunes mères se voient demander, les trois premiers jours, de réveiller leur bébé, même à terme, toutes les trois heures. Objectif : éviter qu’ils perdent plus de 10 % de leur poids et qu’ils fassent de l’hypoglycémie, faute d’accoutumance à une alimentation fractionnée. Mais aussi pour stimuler la lactation. Au retour à la maison, les bébés prématurés doivent continuer à être réveillés pour arriver à prendre du poids : ils dorment d’un sommeil très profond, la sensation de faim ne les réveille pas toujours et la petitesse de leur estomac obligeant à davantage fractionner leurs repas. Pour ceux nés à terme, il faut seulement veiller à ce qu’ils prennent au moins six repas par jour s’ils font plus de trois kilos.

Bain, bib ou couche sale : laissez-le dormir !

Si c’est le cas et que leur courbe de poids est bonne, tant pis si leur couche est sale (sauf en cas d’érythème fessier). Si le bébé s’est endormi, c’est que cela ne l’a pas gêné : faites-lui confiance pour vous communiquer les situations qui le dérangent vraiment. Idem si c’est l’heure du bain – essayez de programmer plutôt la trempette à un moment où il est en éveil calme, entre deux repas - ou s’il risque de sauter un bib ou une tétée (avec une dérogation possible, toutefois, si vous allaitez et que vos seins menacent d’exploser) : laissez-le dormir, c’est son besoin le plus fondamental dans l’immédiat.

Sommeil en écharpe : attention à l’accoutumance

Pour éviter d’être bloquées à la maison, nombre de mères nomades ou très actives ont trouvé une alternative apparemment miraculeuse : le dodo en porte-bébé ou en écharpe. Bien qu’effectivement pratique, l’option doit toutefois rester ponctuelle, sous peine que le nourrisson, en permanence bercé par les mouvements maternels, ne parvienne plus à fermer l’œil dans un lit immobile.

Organiser progressivement sa journée autour des siestes

A partir de 3-4 mois par contre, il est conseillé de donner progressivement un rythme quotidien au bébé. À cet âge, il a acquis le rythme circadien (différenciation jour-nuit). Par ailleurs, il est désormais capable de tenir au moins 6 heures sans manger, et fait donc souvent ses nuits. Vous allez donc pouvoir commencer à orchestrer ses siestes, généralement au nombre de trois : 8-10 h ; 13h-15 h; 16-17h (une durée réduite à 30 minutes à 6 mois), et rythmées par la prise des repas. Ce cadrage est bien sûr indicatif et à adapter aux besoins de sommeil de votre enfant : dès le plus jeune âge, il y a des petits et des gros dormeurs ! Mais il vous permettra de reprendre enfin un peu la main sur votre emploi du temps, et à votre bébé, de structurer ses journées, tout en ayant son quota de sommeil. L’établissement de repères temporels étant essentiel à son développement. Vous pouvez désormais vous autoriser à réveiller votre enfant si le dodo prévu s’éternise. Hormis, bien sûr, dans certains cas particuliers : par exemple s’il est malade ou épuisé par une activité particulièrement trépidante.

Réveillez-le en douceur

Un bébé qui dort ne se réveille toutefois pas au clairon. Ni d’ailleurs en musique, à réserver au rituel d’endormissement. L’idéal est de le faire quand l’enfant est en sommeil paradoxal (léger). À savoir, quand il émet des petits bruits, des grimaces ou des sourires, alors qu’il a encore les yeux fermés. C’est le signe qu’il est à la fin d’un cycle de sommeil. Commencez par lui parler doucement : « Coucou, mon bébé, c’est maman (ou papa). Je suis désolé.e, je vais devoir te réveiller, c’est l’heure de ton déjeuner/goûter/dîner. » Si cela ne suffit pas, caressez-lui la joue, la main ou la tête, avant de le prendre, toujours en douceur, et de lui faire un câlin. Vous aurez ainsi toutes les chances de récupérer, en quelques instants, un tout-petit souriant, reposé et ouvert à son environnement.

Laurence Lebedinsky-Pollet
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