Nathalie Gontier
Journaliste engagée
18 janvSanté

Pourquoi la charge mentale féminine décolle après la naissance du premier enfant

Un premier enfant n’apporte pas que joie, bonheur, rototos et tâches de lait. Avec lui arrive également le creusement des inégalités au sein du couple.

Parce qu’elle n’est déjà pas équilibrée avant la naissance !

La répartition des tâches domestiques et parentales au sein d’un couple hétéro est inégalitaire dans tous les pays occidentaux, même s’il existe de fortes disparités régionales, notamment entre le Nord et le Sud de l’Europe. Si l’on considère uniquement les tâches domestiques, 80% des femmes s’impliquent quotidiennement dans la gestion de leur foyer, contre 36% des hommes, et l’écart ne bouge pas depuis… 25 ans. Et si l’on cumule travail professionnel, domestique et parental, les mères françaises travaillent ainsi 13h par jour, contre 11h pour les pères, soit un écart vertigineux de 2h par jour ! Encore ne s’agit-il que d’une moyenne, car les inégalités se creusent un peu plus à chaque naissance, et ce dès les tout premiers mois de la grossesse. En effet, les rendez-vous médicaux, les papiers à envoyer à la Sécu, le choix de la clinique, les cours de préparation à la grossesse etc. incombent en général aux futures mères, qui, après l’accouchement, se retrouvent souvent seules à gérer l’administratif, la déclaration de naissance, les premiers rendez-vous chez le pédiatre, la recherche et le casting d’assistantes maternelles… qui font implicitement partie du mal nommé « congé maternité ».

Parce que le congé paternité n’est pas suffisamment long

Petit rappel des faits : en France, le congé maternité est de 8 semaines, dont 6 semaines minimum. Le congé paternité et accueil de l’enfant, lui, vient de passer de 14 à 28 jours, dont 7 obligatoires contre 3. La disposition n’entrera en vigueur qu’en juillet prochain, mais même si elle constitue une avancée, elle ne suffira pas à résorber ces inégalités. En effet, toutes les mères le savent : aucun bébé ne naît avec son mode d’emploi, savoir s’en occuper s’apprend, et prend donc du temps. Par ailleurs, les soins quotidiens participent à la création du lien affectif entre le parent et l’enfant, et au sentiment de sécurité du bébé. Celui-ci acquiert donc le réflexe de se tourner vers le « parent référent » lorsqu’il a faim/peur/sommeil, etc. Dans l’écrasante majorité des cas, ce parent est la mère, puisque dans l’écrasante majorité des cas, c’est elle qui est à la maison pendant que son conjoint travaille. C’est ainsi que les habitudes parentales se mettent et restent en place : dans un contexte où la liste des choses à faire s’ajoute à la convalescence post-partum, il est souvent plus simple et plus rapide de faire soi-même que d’expliquer à l’autre comment faire. Et c’est ainsi que la personne qui fait le plus à la maison en fait de plus en plus à l’arrivée du bébé, ce qui implique aussi qu’elle travaille de moins en moins à l’extérieur de la maison, donc que son partenaire travaille de plus en plus… et en fait de moins en moins à la maison. #cerclevicieux

Vive le modèle québécois !

La chercheuse américaine Ankita Patnaik a étudié l’impact de l’instauration en 2006 d’un congé paternel de 5 semaines au Québec sur les inégalités domestiques : le résultat est édifiant. Entre 2002 et 2010, le taux de pères prenant un congé paternité a bondi de 21,5% à 53% entre 2002 et 2016. Ceux qui sont devenus parents après 2006 ont par ailleurs consacré 23% de temps supplémentaire aux tâches domestiques. L’allongement significatif du congé paternité ne résorbe pas la charge mentale, mais il contribue à l’équilibrer.

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