Laurence Lebedinsky-Pollet
Sage-femme spécialisée dans les troubles du sommeil
22 janvSanté

Pourquoi parler à son bébé le rend plus zen

La psychanalyse, puis les neurosciences, ont prouvé que dès sa naissance, le bébé était un être de langage. Plus vous parlerez à votre bébé, à toutes les occasions possibles, plus il sera rassuré, et donc plus apte (entre autres) à dormir sur ses deux oreilles. Revue de détail.

Nous, les humains, sommes des êtres de communication : personne n’en doute. Pourtant, pendant très longtemps, le fait de parler aux bébés n’a pas coulé de source. On pensait que leur cerveau n’était pas en mesure de réagir à ce type d’interactions, au moins jusqu’à l’acquisition de la parole. Il a fallu attendre deux pédiatres et psychanalystes - le britannique Donald Winnicott, dans les années 1950, puis, en France, Françoise Dolto, dans la décennie 1980 - pour prendre conscience que « parler vrai » au bébé contribuait à son bon développement psycho-affectif.

Dolto : le bébé est un être de langage

C’est donc à la psychanalyse, approche qui place la parole au premier plan de toute humanité et de toute thérapie, que le bébé doit d’avoir enfin pris le statut de personne à part entière. « Dès sa conception, l’être humain est un être de langage », disait Françoise Dolto. Une intuition aujourd’hui confirmée par les neurosciences. On sait que parler au bébé active chez lui la sécrétion d’endorphines, hormones du plaisir indispensables à son bon développement psychomoteur. Mettez des mots sur ses sensations Vous pouvez parler à votre bébé à toutes les occasions de la vie. D’abord, en posant des mots sur des sensations : « Là, tu cries parce que tu as faim » ; « Tu as mal au ventre parce que tu as des gaz : ne t’inquiète pas, ce n’est rien ». Expliquez-lui aussi les soins que vous allez lui faire : « Tu as sommeil, on va te coucher ». Nommer les choses, c’est l’apaiser et le respecter en tant qu’individu.

Répondez à ses sollicitations

Vous pouvez très bien lui parler sans le prendre. Par exemple, quand il pleure dans son transat pendant que vous prenez votre douche, vous pouvez lui signifier que vous avez entendu son appel : « Maman arrive bientôt ». En cas de jumeaux, la mention à l’un d’eux : « Je nourris ton frère, ton tour viendra juste après » fait souvent des merveilles.

Exposez-lui tous les changements

Présentez-lui tous les changements qui surviennent dans sa vie, et qui sont potentiellement sources d’angoisses - et donc, troubles potentiels pour son sommeil - s’ils demeurent inexpliqués. Dès votre retour de la maternité, faites-lui faire le tour de la maison, en lui présentant toutes les pièces. Même chose en cas de déménagement, de séjour chez des amis ou de la famille ou encore à l’arrivée sur un lieu de vacances. Présentez-lui les visiteurs et incitez ceux-ci à se présenter, à leur tour, auprès de lui, et à lui parler. Formalisez les ruptures d’habitude au quotidien : changement de lit (« Ce soir, tu ne vas plus dormir dans ton couffin, mais dans un grand lit : tu y seras bien, tu verras »), sevrage (« Maman ne va plus te faire téter. A partir de maintenant, c’est papa qui te donnera le biberon la nuit ») ...

Vous n’êtes pas au top ? Expliquez-lui.

Si l’un des deux parents doit s’absenter durablement, faites-lui en part également : « Papa va travailler et ne reviendra pas avant X jours ». Et si l’on ne va pas bien, lui expliquer, aussi, si possible en dédramatisant : « Désolé, j’ai un problème au travail / je suis triste parce que quelqu’un que j’aimais est décédé… » ; « On s’est disputés avec ton père, ça a fait du bruit, mais maintenant ça va mieux ». Toutes les émotions négatives (tristesse, stress, angoisse…) affectant ses parents étant ressenties par le bébé, véritable éponge émotionnelle. Ce qui peut grever directement son sommeil. A chaque fois, signifiez-lui qu’il n’y est pour rien.

Utilisez un langage normal, un peu théâtralisé si besoin

En bref : dès sa naissance, parlez normalement à votre bébé, de tout et de rien, comme s’il était capable de tout comprendre. Utilisez un langage normal, avec des mots simples mais construits, sans « parler bébé » ni trop forcer sur les aigus. Utilisez le présent, mais aussi le passé et le futur si besoin. Afin de l’aider à déduire le sens de ce que vous lui dites, prenez soin de nommer toujours de manière invariée les activités et les choses. N’hésitez à « théâtraliser » vos propos, en accentuant gestes et intonation. Regardez-le toujours en lui parlant – il a besoin de capter votre regard pour fixer son attention et être dans la sécurité affective - et laissez-lui le temps de vous répondre à sa manière, par des gestes ou des babillements.

Petit à petit, faites intervenir l’imaginaire

Ainsi peu à peu, votre bébé va comprendre la succession des événements de son quotidien. Ce qui alimentera son sentiment de sécurité, lequel se fonde, chez un tout-petit sur la répétition, les routines. A mesure qu’il s’éveille, parlez-lui aussi, de plus en plus souvent, pour développer son imaginaire. Chantez-lui des berceuses, des comptines, par exemple lors du rituel du coucher. A partir de 9 mois-1 an, vous pouvez commencer à lui lire de petites histoires très simples, sur des livres adaptés à son âge. Et bientôt, c’est lui qui vous parlera !

Propos recueillis par Catherine Piraud-Rouet

Laurence Lebedinsky-Pollet
Sage-femme spécialisée dans les troubles du sommeil

Plus d'articles de Laurence Lebedinsky-Pollet

La crème des articles alan

Dans votre boite mail. Garantie sans spam.

Populaires en ce moment

Populaire en ce moment

De la même catégorie