Catherine Piraud-Rouet
Journaliste santé
21 janvSanté

Premier enfant : ces « bons conseils » qui nous embrouillent

Au retour de la maternité, les jeunes parents, et en particulier la mère, se voient souvent abreuvés de recommandations plus ou moins péremptoires sur la « bonne » manière de faire pour expédier bébé dans les bras de Morphée. Comment répondre à ces experts autoproclamés, mère, belle-mère ou « bonne copine » ? Et surtout, de qui s’entourer pour parvenir à démêler vraiment le vrai du faux ?

« Tu le couches sur le dos ? Mets-le donc sur le ventre, il aura moins de gaz » ; « Tu devrais le laisser pleurer, il finira bien par s’endormir » ; « Ton lait n’est pas assez nourrissant : passe au biberon, il dormira mieux » ; « Il est trop / pas assez couvert » ; « Ne le prend jamais dans ton lit, il y sera encore dans cinq ans » ; « Donne-lui une tétine/ un bain / un doudou, il se calmera » ; « Il ne doit pas dormir dans l’écharpe, ça risque de lui déformer le dos et de l’étouffer », etc.

Des conseils souvent intrusifs

Ces quelques exemples vous parlent ? Vous faites partie des 99,9 % de jeunes parents à subir les « bons » conseils de « sachants » (la plupart du temps des membres féminins, plus âgés, de la famille). Lesquels se sont arrogé le droit de vous « aider » à faire dormir votre bébé tout neuf. Sous des couverts de bienveillance, leurs recommandations - dont certaines s’opposent frontalement à celles des professionnels de la petite enfance ou de vos lectures - revêtent un aspect souvent intrusif. L’énervement monte, mais vous vous sentez perdus et n’osez pas forcément remettre les importuns à leur place.

La culpabilisation guette

Les jeunes accouchées, notamment, épuisées et en pleine chute d’hormones, n’ont pas toujours les ressources pour faire la part des choses et réaffirmer leur territoire. Pire : ces injonctions leur renvoient une image de mauvaises mères, incapable de s’occuper convenablement de leur enfant. Fragilisées, culpabilisées, elles sont parfois tentées de baisser les bras et de laisser leur mère, leur belle-mère, ou encore la « bonne copine » dont les bébés ont fait leurs nuits « à un mois », de prendre les rênes. Avec, à la clé, une culpabilisation encore croissante.

Mettez en avant les évolutions scientifiques

Fermez vos écoutilles et osez rembarrer gentiment les experts autoproclamés. Répondez-leur que si les recommandations ont changé, c’est parce que la science a prouvé que telle pratique était meilleure. Par exemple que, sur le plan médical, le couchage sur le dos a fait chuter le taux de mort inattendue du nourrisson. Ou, sur le plan psychologique, que les neurosciences ont montré, IRM à l’appui, les dégâts potentiels sur le cerveau du bébé de le laisser s’époumoner sans que personne n’intervienne.

Les pros de la petite enfance : les vrais experts à écouter

Le père, moins immergé dans les émotions primaires que la jeune mère, peut jouer un rôle bienvenu de modérateur : « Merci, mais on sait ce qu’on a à faire, on est les parents et on est bien entourés », « OK, tu faisais ça avant, mais ça a changé », etc. La plupart du temps, si les « bonnes âmes » qui vous entourent le sont vraiment, elles devraient se résoudre à la mettre en sourdine. En cas de doute ou de difficulté persistantes, rapprochez-vous des gens qui savent vraiment, à savoir les professionnels de la santé de l’enfant : sage-femme, pédiatre, PMI… Ils sauront répondre à toutes vos questions, en cultivant la bienveillance essentielle aux conseils à tous jeunes parents. Un rapport à sa propre mère à questionner ou retravailler si besoin Mesdames notamment, n’hésitez pas à aborder avec eux d’éventuelles difficultés relationnelles de fond avec votre mère. En effet, si votre relation mutuelle a été polluée dès l’enfance (mère toxique, hyper envahissante, ou au contraire trop distante), vous risquez d’être plus sensible au baby blues (dont la complication est la dépression post-natale). Et, à terme, de reproduire ce schéma envers votre enfant. Tant il est vrai que devenir mère renvoie à sa propre mère. De fait, une mère aimante et qui cultive un rapport équilibré avec sa fille proposera son aide, sans jamais l’imposer, et en aucun cas en dévalorisant celle-ci ou en cherchant à prendre sa place auprès du bébé.

Les sages-femmes, dont c’est aussi le métier de dépister les vulnérabilités en visites de suites de couches (prises en charge à 100 % par la Sécurité Sociale jusqu’au douzième jour), pourront vous orienter vers un psychologue, à consulter, le cas échéant, avec votre mère. Votre pédiatre et/ou la puéricultrice de secteur pourra poursuivre cet accompagnement au plus long cours, en vous apportant de la réassurance par rapport aux soins apportés à votre enfant et au bon développement psychomoteur de celui-ci.

Bientôt, l’expert, ce sera vous !

En attendant, gardez en mémoire que c’est vous, les parents de cet enfant, qui êtes les mieux placés pour savoir ce qui est bon pour lui. Certes, vous allez tâtonner, faire des erreurs… Mais si vous savez vous entourer à bon escient, vous reprendrez vite la main. Et au deuxième enfant, il est à parier que plus personne ne s’avisera de vous reprendre sur votre mode de fonctionnement.

Article écrit avec le support de Laurence Lebedinsky-Pollet, sage-femme

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