Laurence Lebedinsky-Pollet
Sage-femme spécialisée dans les troubles du sommeil
8 févrSanté

Quel impact l'angoisse de séparation a-t-elle sur le sommeil ?

Jusqu'ici le coucher se passait sans encombre... Et d'un coup, vers 8 mois, les choses se sont compliquées. Votre bébé pleure dès que vous le posez dans son lit, il peine à s'apaiser tout seul ? Votre mère aurait aisément pointé du doigt l'angoisse de la séparation. En réalité, les choses sont un peu plus complexes. Explications.

Une angoisse ? non pas vraiment !

Avant tout, un rappel s'impose : l'angoisse du 8e mois (plus communément connue comme l'angoisse de la séparation) a été décrite pour la première fois dans les années 1940 par le psychiatre hongrois René Spitz. Ses observations : à cet âge, non seulement le bébé a tend avoir peur des visages étrangers (qu'il différencie désormais des personnes familières), mais il a acquis la permanence de l'objet. Résultat : il sait que quand sa mère quitte la pièce, elle existe encore... Mais il angoisse aussi à l'idée d'être abandonné. D'où les cris(es) à l'heure du coucher !

Si elle a longtemps permis d'expliquer bien des aléas du quotidien ("Il pleure ? T'inquiète, c'est l'angoisse du 8e mois !"), l'angoisse de la séparation est aujourd'hui de plus en plus fréquemment remise en question. Ainsi, non seulement, le bébé ne serait pas angoissé (il est même parfois ultra-sociable avec les nouveaux venus), mais côté permanence de l'objet, il serait en réalité rodé depuis un moment (depuis l'âge de 4/5 mois) ! Inutile donc de culpabiliser quand vous quittez sa chambre : il n'est pas terrifié !

Problème de sommeil ou d'endormissement ?

Et s'il n'est pas angoissé ou apeuré, votre bébé ne devrait donc pas voir son sommeil perturbé (hormis certaines situations exceptionnelles). Par contre, à ce stade de son développement psycho-affectif, l'endormissement risque d'être plus compliqué. Et pour cause : entre 6 et 9 mois, il a identifié les adultes qui constituent ses figures d'attachement principales (vous !) et, qui en prenant soin de lui, lui permettent d'avoir la base de sécurité affective nécessaire pour grandir en confiance et en autonomie. C'est la fameuse théorie de l'attachement, mise au point par le psychiatre anglais John Bowlby.

Quel rapport avec l'endormissement ? À cet âge, votre bébé 1. commence à se rendre compte que vous êtes là pour lui quand il en a besoin (mais a tout de même besoin d'être rassuré), 2. vous kiffe, 3. n'a donc pas du tout envie de vous quitter. Résultat : il pleure dès que vous filez. C'est donc à ce moment clé qu'il faut faire particulièrement attention et adopter une stratégie bien ficelée pour éviter de rater le train du sommeil et donc de décaler l'endormissement.

Quelques conseils pour favoriser la sécurité affective à l'heure du coucher :

À 8/9 mois, votre bébé a toujours (et encore) besoin d'un maximum de repères pour le sécuriser et répondre à son besoin d'attachement. À tenter :

  • Instaurez (tôt) et répétez toujours le même rituel du coucher ! S'il pleure ou que le coucher est difficile, évitez de traîner dans la chambre ou d'allonger le rituel. Votre bébé étant (extrêmement) malin, il aurait tôt fait de résoudre l'équation : pleurs = berceuse en plus / histoire en rab / parent qui reste pour quelques câlins supplémentaires. Le rituel du soir doit donc rester constant, du moins dans un premier temps.- Introduisez un doudou ou un objet transitionnel pour apaiser le passage du jour à la nuit, de votre présence à votre absence. Vous pouvez même y ajouter un touche (light) de votre parfum pour favoriser ses repères olfactifs.

  • Adoptez la bonne posture. Si vous êtes confiants, sereins, votre bébé le sera aussi. Si vous hésitez, êtes stressés, le coucher n'en sera que plus difficile. Au besoin, instaurez une règle entre vous : c'est le parent le moins stressé qui prend en charge le coucher.

  • Customisez la méthode du 5/10/15. L'idée de ce méthode vieille comme le monde (ou du moins comme vos parents) : venir rassurer à intervalles réguliers votre bébé s'il peine à s'endormir, en respectant un schéma temporel précis (toujours le même), à savoir attendre 5 minutes, revenir sans entrer dans la chambre (rentrer une tête par la porte) et réitérer la même action au bout de 10 puis de 15 minutes. Si ça ne fonctionne pas au bout de la troisième fois, rentrer, vous accroupir à ses côtés pour le rassurer (poser une main sur son ventre ou sa tête, lui parler doucement) et ressortir.

Sauf que 5 minutes avec un bébé qui hurle, cela peut sembler une éternité. D'où l'intérêt d'adapter ce rituel à votre enfant (et votre tolérance aux pleurs) en passant au 3/6/9 par exemple. Seul impératif : ne pas le prendre de vos bras ou le sortir du lit (il doit apprendre à s'endormir seul)... L'initiative serait alors complètement contre-productive !

Laurence Lebedinsky-Pollet
Sage-femme spécialisée dans les troubles du sommeil

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