Laurence Lebedinsky-Pollet
Sage-femme spécialisée dans les troubles du sommeil
18 janvSanté

Sein ou biberon : quelles conséquences sur le sommeil de mon bébé ?

Un mythe tenace veut qu’un bébé allaité au sein dorme moins bien qu’un autre nourri au biberon. Et si la réelle différence tenait au mode d’endormissement, à la fréquence du nourrissage la nuit et aux réactions des parents face à l’agitation nocturne de leur bébé ?

Selon une idée reçue bien ancrée, les bébés allaités au sein dorment moins bien que leurs congénères nourris au biberon. Avec à la clé, souvent un sevrage précoce, ou du moins l’introduction d’un biberon de lait artificiel la nuit, pour que l’enfant ne se réveille pas. Sein ou biberon, les équilibres sont les mêmes

Il est vrai que le lait maternel met un peu moins de temps à se digérer (en deux heures contre trois) que le lait artificiel, occasionnant des réveils plus précoces. Mais la différence est faible sur une nuit de sommeil, et s’estompe à mesure que l’enfant prend du poids et espace ses prises de nourriture. Au biberon ou au sein, un nouveau-né doit dormir au minimum 2 heures entre chaque repas. Un bébé de plus de trois kilos est capable de tenir 4 heures. A partir de 5 kg (soit à 2 ou 3 mois), il est en théorie capable de tenir sans manger sur un cycle minuit-6h. Et en principe, à partir de 6 mois, un nourrisson n’a plus besoin de tétées pendant la nuit. De même, il est faux de penser que les bébés au sein ont moins de coliques : leur microbiote intestinal immature réagit de la même façon. De fait, chaque enfant est unique et il n’y a aucune règle en la matière.

Ne pas reprendre l’enfant à la moindre agitation

Les difficultés d’endormissement et de sommeil sont souvent liées à une mauvaise appréhension de l’agitation de leur enfant par les parents. Dans la plupart des cas, l’enfant se réveille lorsqu’on l’enlève du sein ou du biberon pour le poser dans son lit. Pendant 5 ou 10 minutes, il va crier pour évacuer ses tensions, et téter ses doigts pour se rassurer. L’erreur à ne pas faire alors est de décoder qu’il a encore faim et le ressortir du lit pour lui reproposer à manger. Même conseil tout au long de la nuit. Le nouveau-né a un sommeil agité, avec des micro-réveils, au cours desquels il émet des petits bruits, voire pleure un peu. Lui proposer d’emblée sein ou biberon casse son rythme de sommeil.

Supprimer progressivement les tétées nocturnes

Au-delà de 5-6 mois, il faut donc essayer de supprimer les tétées nocturnes. Si la mère allaite, il vaut mieux que ce soit le père qui aille le voir, car l’odeur du lait risque de surexciter l’enfant. Poser la main sur son ventre, en prononçant doucement les mêmes mots au fil des nuits : « c’est l’heure de faire dodo », « maman dort, elle est fatiguée, tu têteras tout à l’heure », etc. S’il pleure toujours, y retourner 5 minutes après. En cas de doute, vous pouvez lui proposer un biberon d’eau. Et une tétée si rien ne marche, notamment s’il est allaité au sein. A partir de six mois, vous pouvez aussi lui donner un doudou ou une tétine, qui viendront pallier son besoin de succion et de sécurité.

Des adaptations spécifiques selon le mode d’allaitement

Si l’allaitement maternel peut s’avérer un peu plus problématique en matière de sommeil, c’est parce qu’il est souvent plus difficile pour l’enfant de se sevrer du contact chaleureux d’avec sa mère qui y est associé. Et pour celle-ci, les débuts du sevrage nocturne peuvent être compliqués par une production de lait excessive. Pour pallier le risque d’engorgement, donner le sein à minuit, puis mettre une brassière bien serrée et si besoin, tirer un peu son lait, juste histoire d’éviter la mastite. Au bout de deux ou trois jours, le sein ne se remplira plus au milieu de la nuit. Pour les bébés nourris au biberon, l’écueil principal est le besoin de succion, moins satisfait via une tétine qu’au sein. Le premier mois, faire en sorte que la prise de repas prenne au moins une vingtaine de minutes, pour éviter cette frustration et une réclamation intempestive. Le choix de tétines pas trop souples obligera le bébé à faire un effort, tout en avalant moins d’air et en digérant mieux. La clé d’un sommeil plus profond !

Propos recueillis par Catherine Piraud-Rouet

Laurence Lebedinsky-Pollet
Sage-femme spécialisée dans les troubles du sommeil

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