Honorine Crosnier
Journaliste, autrice et scénariste
19 janvSanté

Tout ce qu’on ne m’avait pas dit sur le premier enfant

Parce qu’un premier enfant c’est tout, sauf ce qu’on imagine.

“On nous raconte souvent l’émerveillement, l’amour fou au premier regard, les larmes de joie, la magie et l’odeur incomparable du couffin. Tout cela est vrai. On nous raconte aussi le baby blues, la fatigue, le stress, la peur de mal faire et le vertige des premiers jours. Tout cela arrive aussi. Mais il y a des choses qui restent secrètes et dont personne ne parle, ou très peu, qu’on ne m’avait pas racontées quand j’étais enceinte, et qui m’ont surprise quand j’ai eu ma fille. Des légendes urbaines, aux secrets bien gardés. Oui, il y a beaucoup de choses que j’ignorais.

Tout d’abord, les douleurs des contractions. Bien sûr, on m’avait conté que ce n’était pas agréable et que j’allais « en baver » mais d’après les récits de mes amies et de la sage-femme, je m’attendais davantage à des règles douloureuses qu’à ce monstre indescriptible qui s’est emparé de mon corps et qui était plus comparable à une batte de base-ball épileptique à l’intérieur de moi.

Ensuite, la péridurale. Là encore, j’ai eu une petite surprise. Je m’attendais à une complète anesthésie de la douleur, pas à une piqûre qui, quelques minutes après allait me rendre hilare et disons-le, un peu sotte. Pendant tout le dit « travail », j’ai raconté des choses improbables aux infirmières, des cours de poney quand j’étais petite à ma phobie des baleines et entre deux contractions que je ne sentais plus, je leur ai chanté une petite chanson qui les a, pour ainsi dire mises un tout un peu « mal à l’aise ».

Quand ma fille est née, encore un peu « high », je n’ai là encore, contrairement aux prévisions, pas versé une larme. La péridurale m’avait pour ainsi dire coupée de toutes mes émotions et lorsqu’on a posé ma fille sur mon ventre, je ne savais plus où j’étais ni vraiment ce qu’elle faisait là. Ce ne sont que de longs quarts d’heure plus tard que j’ai réalisé que j’étais mère, que mon bébé était sublime et que ce serait pour toute la vie. De retour dans la chambre, lorsque j’ai découvert ma fille dans son berceau en plexis, j’ai alors pleuré toutes les larmes de mon corps et j’ai (enfin) réalisé que tout avait changé pour moi.

De retour à la maison, pourtant, loin des images d’Epinal, lorsque j’ai déposé ma fille dans le couffin que j’avais préparé depuis des semaines, j’ai eu une énorme bouffée d’angoisse. Allais-je être à la hauteur ? M’en sortir ? Était-je prête à m’occuper d’un si petit bébé qui dépendait complètement de moi ? Tout se mélangeait et devant l’immense tâche à accomplir, je me sentais tout à coup toute petite. Ça non plus, on ne m’en avait pas tout à fait parlé.

Ce qu’on m’avait bien caché aussi, c’est ce corps tout mou qui était devenu le mien, les litres de sang qui s’écoulaient de lui chaque semaine et les cernes gigantesques qui se creusaient sur mon visage et qui, entre autres, me faisaient désormais ressembler à mon oncle. Les visites répétées de la famille, des amis, les cafés qu’on fait alors à la chaîne, l’air hagard et un peu bovin, en espérant égoïstement que ces visiteurs s’en aillent le plus vite possible, ça non plus, on ne me l’avait pas dit.

Et puis, les semaines ont passé et son père et moi avons pris le pli. Nous nous sommes habitués aux tâches quotidiennes qui étaient toujours un peu les mêmes et nous avons grandi avec notre fille. Car si nous sommes parents légalement et moralement à la minute où notre enfant vient au monde, on ne l’est pas en réalité pas tout de suite. On le devient. Pour preuve, aujourd’hui ma fille est en CE1, elle vient d’avoir 7 ans et j’apprends encore chaque jour à devenir mère. Une meilleure mère que la veille, une mère plus instruite, plus patiente, plus expérimentée qui apprend chaque jour un peu plus à l’aider à grandir et à répondre aux questions d’un monde complexe et merveilleux. “

La crème des articles alan

Dans votre boite mail. Garantie sans spam.

Populaires en ce moment

Populaire en ce moment

De la même catégorie